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Rentrée 2016 : « La formation initiale des enseignants reste à ce jour insuffisante »



Est-ce que les enseignants sont formés aux nouveaux outils numériques ? Ils semblent parfois dépassés…
Bruno Devauchelle : Le ministère a bien prévu trois journées cette année pour les enseignants, comme l’an dernier. Mais la mise en œuvre dans les académies s’est faite de façon inégale. Les enseignants sont de plus en plus familiers des objets numériques dans leur vie quotidienne. La transposition de leurs compétences dans leur vie professionnelle pose souvent problème : matériel différent, situations complexes, élèves parfois turbulents…
La question de la formation dans ce domaine ne peut se résumer à trois journées de regroupement. Les enseignants ont besoin d’accompagnement de terrain.
Je doute que les professeurs, qui sont censés apporter l’enseignement numérique, aient de vraies notions en informatique. En cela je me demande si cette partie de la réforme a vraiment un sens…
De fait, les élèves ont besoin de l’école non seulement pour conforter la maîtrise personnelle qu’ils ont de ces outils, mais aussi pour élargir et stabiliser leur compréhension du monde numérique. Pour cela, la formation initiale des enseignants reste à ce jour insuffisante. Cependant, la génération des enseignants qui arrivent dans la profession a un nouveau regard sur ces objets numériques. Ils en ont moins peur, en connaissent les limites, et seront probablement plus à même d’accompagner les élèves.
Alors que les élèves de primaire et de collège accumulent un sérieux retard dans les matières principales, comme le français, les maths, etc., n’est-il pas démagogique d’offrir des tablettes et de perdre du temps d’enseignement précieux ?
Les enseignants ont à cœur d’aider les élèves à surmonter les difficultés. L’arrivée de tablettes dans la classe est pour eux une occasion de plus de leur permettre d’y parvenir. La difficulté est effectivement de ne pas surajouter de la complexité aux situations scolaires. C’est le secret de la qualité pédagogique au quotidien que de choisir les bons instruments pour jouer la bonne partition.
La question du niveau des élèves dans les fondamentaux relève de facteurs multiples et pas uniquement des tablettes. Certes, les écrans sont des distracteurs d’attention, mais ils sont aussi des apporteurs d’informations, voire de connaissances. Il est toujours difficile de parler de causalité dans des situations éducatives. En effet, on observe que pour les écrans, c’est la manière de les utiliser qui prime.
Or, d’une famille à l’autre, les choses sont extrêmement différentes montrent les enquêtes du Credoc. Les jeunes des milieux défavorisés sont plus attirés par les médias de flux (télévision, vidéos en ligne, etc.), que par les médias interactifs et textuels (journaux, blogs). L’usage des réseaux sociaux n’est lui pas révélateur de différences significatives, là encore le contexte joue.
Ne serait-il pas indispensable qu’il y ait une « éducation à l’image » pour les élèves afin d’analyser les contenus sur écran ?
La mise en place de l’éducation aux médias et à l’information, soutenue par le Clemi [Centre de liaison de l’enseignement et des médias d’information], est aujourd’hui au cœur de cette préoccupation. Comme pour l’informatique, les compétences des enseignants sont très inégales sur le sujet. Les expérimentations les plus prometteuses, et cela est connu depuis longtemps, sont celles qui amènent les élèves à « écrire » les nouvelles images : l’incitation à la création de webTV, webradios, ou encore de fabrication de films par les élèves font partie de ces pratiques indispensables pour une éducation à l’image.
Il ne suffit pas de savoir décoder, il faut aussi connaître les codes de l’écriture. Ce qui valable pour l’image l’est aussi pour l’écrit : il est important d’apprendre aux jeunes à produire pour et sur les différents supports de leur environnement, par exemple des articles de journaux.
Ne faudrait-il pas intégrer des cours de code informatique très tôt dans la scolarité ?
La formation au code est en train de faire son retour dans l’école, avec les programmes qui entrent en vigueur cette rentrée, même si cela reste modeste. Je parle d’un retour, car il faut se souvenir qu’en 1985, on faisait du logo et du basic dans les écoles (deux langages informatiques) ; aujourd’hui, on fait du scratch (programmation graphique événementielle).
Cependant, la question est de savoir à quel moment quelles connaissances informatiques sont nécessaires. Car il n’y a pas que le code, il y a aussi la connaissance des réseaux, des systèmes, des machines.
L’un des rôles des enseignants est de former leurs élèves à un esprit d’analyse. Mais que répondre à certains élèves qui propagent en classe des théories du complot (de plus en plus présentes et accessibles en ligne) ?
Beaucoup d’enseignants sont confrontés à des affirmations fortes de leurs élèves. Ce sont souvent des idées que ceux-ci ne vont pas forcément vérifier. Parfois, ce ne sont pas des faits mais des croyances. La première démarche est d’amener les élèves à comprendre la pluralité des points de vue en utilisant Internet, et ce qu’il peut offrir comme variété d’opinions sur le sujet.
Les enseignants, principalement en histoire, qui enseignent l’éducation civique, juridique et sociale (ECJS) aux lycéens, sont déjà confrontés à cela. Une approche intéressante est celle expérimentée à Sciences Po avec ses jeunes étudiants autour de controverses. D’autres approches ont été expérimentées, toutes reposent sur la recherche du lien entre ce que l’on dit et les faits. Cette démarche est parfois lourde à mener en classe, mais certains enseignants faisant travailler leurs élèves en groupe ont réussi à les amener à dépasser leurs idées premières, et ainsi mettre en place une méthode personnelle d’analyse.
Le programme de troisième va-t-il évoluer cette année ?
Pour ce qui est de l’informatique et du numérique, c’est à l’intérieur des programmes de chaque matière que des changements sont prévus : programmation en technologie, algorithmique et statistique en mathématiques, etc. Il y aura donc des conséquences pour le brevet. A cela, il faut ajouter l’apparition du livret numérique de compétences, qui vient compléter les supports traditionnels de l’évaluation.

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