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? Quelles chances pour les réformes de l’école



    ?  Quelles chances pour les réformes de l’école 

    Cela s’est passé, sans doute, moins par volonté de nuire que par une mécanique infernale qui prolonge les revendications socioprofessionnelles du secteur de l’Education au-delà du tolérable, au-delà aussi des limites tracées par la récente Charte de l’éthique, signée entre le ministère et les syndicats.
    Tous ceux -dans le monde la presse, dans les autres instances idéologiques qui se sont goulûment alimentées à la sève du conservatisme et de la régression inféconde- qui avaient placé la ministre de l’Education dans leur point de mire, ne jurant que par sa révocation, ont exulté à la vue de ces masses d’enseignants battant le pavé de Béjaïa jusqu’à Boudouaou. Non pas qu’ils s’apitoyaient sur leur sort, mais ils tenaient à en user comme un moyen de pression supplémentaire pour faire « déguerpir » de son poste le membre du gouvernement Sellal. D’ailleurs, ils n’ont pas caché leurs desseins. Des journaux qui se sont positionnés en porte-voix de la mouvance conservatrice, imperméable au besoin de réformes de l’école algérienne, ont affiché en grandes manchettes, à la Une, l’« ordre de départ » (« Dégage! ») de Mme la ministre.
    Régression avec « effet domino »
    Les jugements de valeurs, les idées préconçues et les tirs de barrages que Mme Nouria Benghebrit subit, auraient pu décourager bien des énergies et les volontés les mieux affirmées. La solidarité gouvernementale semble par trop timide. Elle n’a exprimé ses premiers balbutiements qu’au cours de ces deux dernières semaines. Pourtant, le destin des générations futures et du pays dépendent plus de ce que sera l’école dans les prochains mois et prochaines années, que de l’hypothétique nouveau « modèle » économique supposé être produit en ce mois d’avril par le gouvernement, mais qui s’est confiné dans le tout aussi hypothétique emprunt obligataire.
    Immanquablement, la régression de l’école algérienne, avec ses effets domino sur l’Université et la formation professionnelle, est l’une des problématiques qui se prêtent le moins à une analyse superficielle, faisant ressortir des recommandations qui se déclineraient en articles. C’est que, tout au long des quinze dernières années, les Algériens n’ont eu droit qu’à de stériles statistiques, établissant le nombre de collèges, d’écoles primaires et de lycées construits dans le cadre des plans quinquennaux, et au nombre de cantines scolaires ouvertes ou de bus affectés au transport des élèves. De même, les rentrées scolaires de septembre sont toujours annoncées avec grand fracas, en mettant l’accent sur le nombre d’élèves et sur la prime scolaire de 3.000 dinars, que même des parents d’élèves entrepreneurs n’ont pas hésité à convoiter.
    Des statistiques comme « vent de fumée »
    A ces réalisations fièrement arborées, avec ou sans occasion, s’ajoutent les interminables revendications socioprofessionnelles du personnel enseignant et des corps communs de l’Education. Ce sont des revendications qui ont occasionné plusieurs mois de grèves dans les écoles et qui, plus grave, avaient complètement occulté tout débat sur la pédagogie, la didactique et le système d’évaluation. Même l’hérésie de la ponction faite dans les cours qui doivent figurer dans les examens du baccalauréat, sous le nom de « Ataba » (seuil), n’avait jamais été soulevée ou dénoncée par le corps ou les syndicats des enseignants. Et comment le serait-elle, puisqu’elle a été, à l’origine, créée par le phénomène des grèves répétitives de ces mêmes enseignants ? On arrive à la fin de l’année scolaire, dans les estimations les plus optimistes, avec 50 à 60% du programme reçu. Ainsi, le fait accompli s’impose pour élaguer les sujets d’examen, qui plus est, sont souvent conçus sous le mode de l’apprentissage. Ce qui favorise puissamment le copiage, phénomène amplifié par les moyens technologiques modernes.
    Au vu de la nature des questions qu’a eu à aborder et à traiter Mme Benghebrit depuis sa nomination au poste de l’Education en mai 2014, ayant toutes un contenu social, la ministre finira par avouer qu’elle avait le sentiment d’être une ministre des Affaire sociales et non une ministre de l’Education.
    Si les questions pédagogiques, des méthodes d’enseignement et du contenu des programmes, ont été occultés pendant près de deux décennies au profit des seules revendications « corporatistes », c’est que l’Algérie -engluée dans la rente pétrolière, les solutions de facilité, le clientélisme et la corruption- donnait la nette impression de ne pas avoir besoin de l’école. Cette dernière institution est plutôt vue, dans le meilleur des cas, comme un « stand-by » où les élèves sont gardés en attendant qu’ils grandissent et abordent cette autre structure, l’Université, formatrice de chômeurs en puissance.
    Le baccalauréat n’a aucune valeur
    En 2015, Mme Nouria Benghebrit qualifia ainsi le système éducatif algérien : « Tout le système éducatif va à vau-l’eau; des centaines de milliers d’écoliers, de collégiens, de lycéens et de bacheliers ont été sacrifiés pendant des années et des années, et le baccalauréat, dans son état actuel, n’a aucune valeur“.
    Des diagnostics fragmentaires, et souvent superficiels, ont été faits auparavant à propos de l’école algérienne, évoquant la lourdeur du cartable, la violence et la drogue à l’école, les cours de soutien donnés dans des garages et des appartements, le transport scolaire, la restauration, le statut des corps communs etc. « Il est de la responsabilité de l’école algérienne qui a bénéficié d’investissements considérables de satisfaire aujourd’hui cette revendication [de l’amélioration de la qualité de l’enseignement] et de mieux répondre aux aspirations de toute la société », a déclaré, dimanche 24 avril, la ministre de l’Education nationale.
    Au cours des années 2014 et 2015, le ministère de l’Education s’est investi dans la résorption du plus grand nombre des problèmes liés à l’intendance, à la logistique et aux questions socioprofessionnelles. Au milieu de l’année 2015, on jugea que le temps était venu d’aller vers l’essentiel, ce qui fait la raison d’être de l’école. Il s’agit de procéder à des réformes pédagogiques où seront pris en compte les rythmes scolaires, la révision du contenu des programmes, les méthodes d’enseignement, les méthodes d’évaluation etc.
    Arracher l’école à sa médiocrité
    Et c’est là que les « gardiens du temple » -députés, partis islamistes, journalistes, idéologues attardés de tous bords qui ne sont jamais donné la peine d’interpeller le gouvernement sur sa mal-gouvernance économique et le système de corruption- ont crié « haro sur le baudet !», vouant aux gémonies la ministre de l’Education, à partir d’un faux nationalisme qui sent le combattant de la « 25ème heure ». Ils l’accusent d’avoir planifié la mise à l’écart de la langue arabe dans l’enseignement, alors que, en réalité, ce sont des personnes ou des responsables de la même engeance que ces détracteurs qui ont installé une arabisation au rabais, confinant cette langue dans une espèce d’exercice de liturgique et d’exaltation d’un lyrisme désuet.
    Une partie de ceux qui tentent de maintenir l’école algérienne dans sa médiocrité actuelle, ont leur progéniture qui évolue sous d’autres cieux. A ce niveau de perversion des principes, la démocratisation de l’enseignement, longtemps exhibée comme un trophée ayant accompagné l’indépendance du pays, risque d’être vue comme un moyen de consacrer une nouvelle fois une sorte d’école « indigénisée ».
    La crise économique qui commence à prendre en étau l’Algérie, peut remettre en cause bien des situations vécues jusqu’ici comme fatales. Parmi ces situations, celle de l’école algérienne, à laquelle la nouvelle économie ne demandera pas de former des profils avec une moyenne de 10, assise sur des critères discutables, ni des récitateurs de cours appris par cœur, ni des « pistonnés ». La crise aura sans doute le privilège de modeler l’école selon le nouveau marché du travail qui s’installera dans quelques années et de l’extraire de l’indolence rentière qui a neutralisé jusqu’ici l’Algérie et son école.

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    aggouni Mohamed aggouni Mohamed

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